LA COLONISATION DE L'ÎLE PAR LES ESPAGNOLS, LES FRANCAIS ET LES ANGLAIS


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hristophe Colomb baptisa cette terre qu’il trouva merveilleuse, Hispaniola (« Petite Espagne »). À son deuxième voyage en 1493, il y fonda la première ville du Nouveau Monde, Isabella, et s’y installa. Après avoir vaincu, surtout par ruse, les cinq caciques qui dirigeaient le pays, les Espagnols soumirent les autochtones à des travaux forcés afin d'extraire l'or des mines. En moins de vingt-cinq ans, les populations indiennes furent décimées par la brutalité de l’esclavage et les maladies importées par les conquérants.

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e nouveau gouverneur Nicolas de Ovando tenta dès 1503 de faire venir des Noirs d'Afrique pour remplacer les autochtones. La traite fut autorisée en 1517 par Charles Quint. La ville du sud, Santo Domingo, devint le port de départ de la colonisation du Nouveau Monde. Les Espagnols importèrent en quantité des chevaux, bovins et porcins qu’ils laissèrent en liberté, ne s’intéressant qu’à l’or. Dès 1530, l'île commença à ne plus en rapporter. Les Espagnols concentrèrent leurs efforts dans la partie orientale de l'île qui recelait encore un peu d’or et abandonnèrent l’ouest.

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a colonisation française:

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'est alors que les Français s'intéressèrent à la partie occidentale de l'île. À la fin du XVIe siècle, des flibustiers français s'établirent sur l'île de la Tortue, au nord. Ils tentaient périodiquement des incursions sur la « Grande Terre ». Vers 1625, des Français occupèrent la partie Nord-ouest et gagnèrent progressivement vers le sud. Ces boucaniers chassaient les animaux devenus sauvages et vendaient viande et cuir. Sous l'impulsion, en métropole du ministre Colbert et sur place du premier administrateur, Bertrand d’Ogeron, nommé en 1665, la colonie prit son essor. Sa première capitale, Le Cap-Français, fut fondée en 1670. À l’occasion du traité de Ryswick (1697), l'Espagne abandonna à la France la partie occidentale de l'île, qui devint alors la colonie de Saint-Domingue (la future Haïti).

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es premières cultures furent le tabac, puis l’indigo. Elles réclamaient de la main d’œuvre sur d’assez petites surfaces : des Français fuyant la misère s’engageaient pour 3 ans à travailler sans salaire, puis s’installaient sur de nouvelles terres. La traite négrière se développa également et s’institutionnalisa. C’est en 1685 que fut édicté le Code noir, une ordonnance de Louis XIV destinée à réglementer le régime de l’esclavage en précisant les devoirs des maîtres et des esclaves. Les dispositions pourtant sévères de ce code envers les esclaves furent souvent amplifiées. L’obligation d’évangélisation fut négligée, de même que le repos obligatoire du dimanche. Aux peines capitales prévues dans certains cas, les colons ajoutèrent des sévices et mutilations. L'Africain était marqué au fer rouge, changeait de nom, abandonnait ses habitudes vestimentaires et sa langue. La cruauté des colons était telle qu’au XVIIIe siècle l’espérance de vie d’un esclave ne dépassait guère dix ans.

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a colonie de Saint-Domingue devint la plus riche des Antilles. À la fin du XVIIIe siècle, la valeur de ses exportations dépassait même celle des États-Unis. Cette prospérité reposait principalement sur le sucre et le café qui avaient supplanté les premières cultures et nécessitaient de grandes plantations. En 1789, à la veille de la Révolution française, elles employaient près de 500 000 esclaves noirs pour 30 000 Blancs et presque autant de mulâtres et d’affranchis.

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epuis trente ans les Espagnols, forts du traité de Tordesillas en 1494 drainent les richesses, mettent à mort ou réduisent en esclavage tout étranger qui se hasarde dans les parages.

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ourtant les aventuriers Français et Anglais surtout, détenteurs de commissions royales grouillent et se livrent à la course.

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'Espagne frémit, proteste, se débat.En vain.Les flibustiers redoublent d'audace.Ces ruissellements d'or auront en Europe des conséquences économiques démesurées.

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n 1627, la très précieuse l'île voit s'établir une petite colonie sous la direction du gentilhomme Normand Belain d'Esnambuc, dans le temps même que les Anglais y jettent l'ancre.Partage à l'amiable, trois ans plus tard, une armada espagnole sous les ordres de l'amiral Fabrice de Toledo surgit à l'horizon: 49 galions et navires de guerre dispersent rapidement les colons. Quatre-vingt Français mettent le cap sur l'île de la Tortue.


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© 2001 Joseph Desardouin